Le printemps du streaming

Rodin - photo Edith Gaudy

Le streaming est un avenir certain pour tous. Mais économiquement, il n’est pas encore imaginé pour tous ! Les relations entre un label indépendant et les plateformes de streaming sont difficiles. Faut-il cautionner l’ordre établi, définitivement accepter la loi des plus forts, ne pas trop penser, ne surtout pas moufter ? Faut-il se résigner et valider les conditions et modèles imposés par les plateformes ?  Doit-on simplement vivre dans l’espoir, en attendant des jours meilleurs ?
La réponse unique est simple : NON !

– Science-Fiction sectorielle par Paul Bessone –

Sans visibilité particulière, sortie évènementielle et achat d’espaces, même en streaming, nous savons que les productions ne sont pas écoutées. Elles sont simplement disponibles en ligne comme des noms figurant dans un annuaire. Par ailleurs, les revenus générés par les éventuelles diffusions restent insuffisants. Pour l’instant, le streaming a une importance virtuelle dans les comptes de nombreux labels. Par contre, le travail technico-administratif réel qu’une mise à disposition en ligne sérieuse implique est bien important. De fait, il existe un décalage flagrant entre le travail à fournir pour faire fonctionner le service d’un tiers et le niveau de rétribution que ce tiers détermine. Sans changement, ce sera la révolution !

Rodin - photo Edith Gaudy

Rodin – photo Edith Gaudy

À de rares exceptions près, le streaming représentera le principal (voire l’unique) moyen de diffuser des enregistrements, « nous devons donc y penser tous les jours pour préparer un avenir meilleur » (usage volontaire de la langue de bois sans référence politique particulière). Ce qui suit ne plaira pas à tous mais c’est un peu le « Printemps du Streaming » (comprennent ceux qui veulent) !

Pour se faciliter la vie,  à court terme, on ne retient généralement qu’une poignée de plateformes (a priori les plus utilisées) afin de diffuser nos enregistrements.  Mais pourvu qu’il ne reste pas qu’une seule plateforme ! Imaginez Facebook propriétaire de Spotify, Deezer propriété d’Amazon ou encore Youtube appartenant à Google et ainsi de suite… La fiction peut vite devenir réalité.

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Alors si vous êtes d’accord avec cette réflexion, allons plus loin et imaginons qu’il ne reste vraiment plus qu’une seule plateforme de streaming… Appelons la « Youfyzer ».  Imaginez cette seule plateforme de streaming imposant ses conditions, tirant vers le bas l’acquisition de matière première (la musique) pour mieux vendre d’autres services ou produits. Comme nous l’avons déjà évoqué, nous deviendrions, en quelque sorte, des producteurs de lait.

Mais imaginez un instant que « Youfyzer » est une solution en «open source», pas une plateforme d’état, pas une plateforme appartenant à quelques oligarques, une plateforme plutôt vraiment libre. Un simple outil de diffusion audio/vidéo qui donnerait aux artistes et aux producteurs la possibilité de fixer leurs règles, leurs prix, leurs offres… Une plateforme commune de diffusion finalement sans distributeurs ni diffuseurs tiers. Un service que les producteurs et les artistes pourraient alimenter comme ils le souhaitent. Une offre unique pour fédérer le plus grand nombre de mélomanes curieux, pour massifier les revenus mais aussi pour réaliser des économies d’échelle.

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Rodin – photo Edith Gaudy

C’est beau de rêver ! De temps en temps, comme n’importe quel indépendant normalement constitué, nous le faisons et nous nous révoltons. Cela fait du bien et provoque de nouvelles réflexions qui peuvent nous inciter, par exemple, à ne pas mettre à disposition en streaming tous les titres d’un album au même moment. Une partie (sortie) n’est jamais jouée à l’avance, il faut aussi être patient car les chances de réussite sont mathématiquement assez négligeables. L’impact n’est jamais facile à maintenir sur la durée. Le streaming nous a de nouveau propulsé dans une économie de «singles», quelque chose qui n’est pas adapté à toutes les productions mais qui est bien réel. Alors on ne va pas râler au sujet des micro miettes qu’on nous laisse actuellement sur le streaming, on va plutôt se battre pour les récupérer.

Malgré les pressions et le manque de temps, nous avons encore le choix de faire ceci ou cela. Il nous arrive aussi de trouver un compromis pour viser une situation idéale. Nous pouvons proposer spontanément, toujours par exemple,  une sélection de titres ou des extraits d’un album pour donner envie d’acquérir le tout sur support physique, de préférence lors d’un concert ou en direct sur notre site.

Rodin - photo Edith Gaudy

Rodin – photo Edith Gaudy

Nous savons que pour certains projets, le streaming est l’unique solution de diffusion hors concert. Nous n’effectuerons plus, pour eux, d’éditions sur supports physiques destinés à la vente. Alors, nous retrouverons un certain équilibre ailleurs (en vendant des tabliers par exemple, avec un CD offert dans la petite poche de devant). Les modèles économiques des opérateurs de streaming changeront aussi, et si ce n’est pas en notre faveur, nous adopterons encore un autre fonctionnement, c’est une sorte de guérilla. Et puis qui sait, peut-être qu’un jour toutes les sociétés civiles de gestion collective trouveront un accord pour développer « Youfizer» – une fameuse plateforme unique en «open source» …

En attendant, faites un saut dans la boutique du label
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