Francesca Solleville

 

Elle a la force et l'élégance qui portent la rage intacte et font de tous les chants de lutte des chants d'amour.

Francesca Solleville est née à Périgueux d'un père gascon et d'une mère italienne. Sa mère joue du piano. Francesca étudiera la littérature française et suivra des études supérieures de lettres. Parallèlement, elle apprend le métier de chanteuse lyrique avec Marya Freund, chante le répertoire classique et devient choriste à Radio France.

En 1959, M. Philippe Gérard lui demande d'interpréter « La rose du premier de l'an » et « Un homme passe sous la fenêtre et chante » de Louis Aragon, à la Mutualité, à l'occasion de la sortie de : « La semaine Sainte ». Léo Ferré est là. Il vient créer dix chansons d'Aragon. Il donne rendez-vous à Francesca Solleville le lendemain pour lui confier les chansons qui constitueront son premier répertoire. Ce soir-là, elle aura conquis un nouveau public qui lui restera fidèle. Elle aura également trouvé son chemin de chanteuse et construit la base d'engagements artistiques dont elle ne s'éloignera plus.

Dès lors, commence sa carrière de chanteuse. Les Cabarets de la Rive Gauche en sont le passage obligé. Elle s'y produira régulièrement; à l'Ecluse, où elle chante avec Barbara et Brigitte fontaine, à La Contrescarpe où Elsa Triolet et Louis Aragon viendront l'écouter, à la Colombe et au Port du Salut où chantent également Christine Sèvres, Jacques Debronckart, Maurice Fanon, Pia Colombo, Pierre Louki...

En chemin, elle croisera Anne Sylvestre, Catherine Sauvage, Pia Colombo, Hélène Martin, Pierre Seghers, Luc Bérimont, Jean Ferrat... Elle est alors une des seules interprètes à défendre un répertoire composé de textes de poètes, mis en musique par M. Philippe Gérard, Léo Ferré, Jean Ferrat, Hélène Martin...

En 1964, elle reçoit le Grand Prix de l'Académie Charles Cros. C'est le temps des galas de soutien, des occupations, des luttes et des maisons de la culture, des rencontres, des débats divers, des spectacles dans les usines, des grandes scènes... Comme ses compagnons de route, elle se produira partout donnera de son temps et de son talent. De ce temps, il est resté pour les publics rencontrés, une connaissance de la chanson française et des poètes, unique dans l'histoire de la chanson. C'est aussi le temps des galas nombreux et des grandes tournées.

En 1963, incursion au cinéma : Francesca Solleville joue dans le film de Jacques Baratier « Dragées au poivre » et chante. Au théâtre elle joue sous la direction des plus importants metteurs en scène du théâtre populaire (Roger Planchon, Hubert Gignoux, Catherine Dasté, Pierre Debauche, Dominique Guihard, Jean-Claude Penchenat, Jacques Rosner). Elle continue ses tournées et ses galas en France et à l'étranger. Une nouvelle période de la carrière de Francesca Solleville s'ouvre quand elle fait la connaissance, en Ardèche, d'Allain Leprest, qui a toujours eu envie de lui écrire des chansons. Avec la complicité musicale de Jean Ferrat, de Gérard Pierron et de Michel Précastelli, elle enregistre un CD composé de textes écrits par Allain Leprest : « Francesca Solleville chante Allain Leprest » (1994).

Deux ans plus tard, elle récidive avec d'autres textes d'Allain Leprest, avec l'album public « Al Dente », spectacle mise en scène par Jacques Rosner au CDN de Toulouse. Vient ensuite l'album « Grand frère, petit frère » qui doit son titre à la dernière chanson de Jean-Max Brua. Cet album regroupe des chansons écrites pour elle par Anne Sylvestre, Pierre Grosz, Allain Leprest, Gilbert Laffaille, Pierre Louki, Michel Bühler, Bernard Joyet, Jean Vasca, Gérard Pierron, Michel Précastelli, Jean Ferrat, Francis Lemarque...

Une magnifique tournée au Japon sera l'occasion d'enregistrer à Nagoya un album de répertoire, « Le disque de la tournée, Japon 2001 » (Maurice Fanon, Mac-Orlan, Jean Ferrat, Jacques Brel, Léo Ferré, Louis Aragon, Boris Vian, Allain Leprest...). Avec « On s'ra jamais vieux », Francesca Solleville retrouve Michel Précastelli et ils signent ensemble un album piano voix uniquement composé pour elle, hormis deux chansons dont l'hommage à Pia Colombo de Maurice Fanon.

Depuis ses débuts dans les cabarets, Francesca Solleville a inscrit à son répertoire Aragon, Eluard, Genet, Mac-Orlan ou Guillevic... Elle a su, avec un sens inné des rencontres artistiques, choisir pour compagnons de route les auteurs compositeurs les plus brillants de la chanson française d'expression et a toujours su détecter parmi les jeunes artistes les talents les plus singuliers. Elle aura joué à Paris : Au Vieux Colombier, à l'ABC, à Bobino, au Palais des Glaces, au théâtre de Dix Heures, au Café de la Danse, à l'Olympia, à l'Auditorium St Germain des Prés, en tournée dans le monde entier.

Elle n'a jamais abandonné ses racines et continue à chanter dans des petits lieux qui se consacrent à la chanson française. Elle est accompagnée au piano par sa talentueuse complice, Nathalie Fortin.

Jamais Francesca Solleville n'aura été plus lucidement généreuse. Elle s'impose, si besoin en était, comme l'une des plus grandes interprètes de chanson d'expression française d'aujourd'hui.