Bientôt producteur de lait ?

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La situation des labels indépendants comme Juste Une Trace ressemble de plus en plus à celle des producteurs de lait qui payent pour travailler, contraints de vendre à perte à une poignée d’opérateurs, sans aucune négociation et sans prendre en compte le prix de revient… C’est donc un peu ce qui se passe pour les producteurs de musique.

Par Paul Bessone

Comme le streaming a le vent en poupe, le sentiment d’être un producteur de lait s’accentue.

Andrieu D'Andres (Rodin) - photo Edith Gaudy

Andrieu D’Andres (Rodin) – photo Edith Gaudy

Encore heureux, le «tout streaming» n’est pas encore l’unique scénario.  Le «tout streaming» n’est pas souhaitable pour la majorité des artistes, ni pour un label indépendant comme Juste Une Trace. Il deviendra peut-être l’unique scénario mais certainement pas aux conditions appliquées actuellement. Avec seulement quelques centaines ou milliers de diffusions identifiées par titre, sans pouvoir vraiment contrôler ce qui se passe, sans minimum garanti, sans mise en avant,  perdu comme une aiguille dans une botte de foin (un nom dans un annuaire), que faut-il vraiment faire avec le streaming ?

Si les milliers de diffusions permettaient au moins de vendre quelques albums, la question ne se poserait pas et nous pourrions alors considérer les plateformes de streaming, à défaut de nous rétribuer correctement pour chaque écoute, comme n’importe quel outil de promotion. Mais dans la réalité, convertir du streaming en ventes, c’est aussi facile que de «faire un yams de 6».

Andrieu D'Andres (Rodin) - photo Edith Gaudy

Andrieu D’Andres (Rodin) – photo Edith Gaudy

Le streaming va inéluctablement se développer, alors pourquoi continuer à acheter quelques albums physiques lorsqu’on dispose d’un accès illimité pour écouter des millions de titres différents ? Selon la dernière étude «Accros de la Musique» de l’Institut des Métiers de la Musique, déjà un quart des personnes qui payent pour écouter de la musique en streaming n’achète plus de supports physiques. Le «tout streaming», tel qu’il se présente, n’est décidément pas encore l’unique scénario économique souhaitable pour tous.

À ce jour, dans l’univers entier, seuls quelques stars, une poignée  d’exploitants de gros catalogues, quelques opérateurs en ligne, les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d’accès, des oligarques du streaming et une poignée de fabricants de hardware et smartphones semblent tirer leur épingle du jeu ou du moins l’envisagent à plus ou moins long terme. Les évolutions technologiques et les modèles économiques qu’ils imposent à tous par la force changent profondément le rapport à la musique et à sa valeur. L’élevage industriel doit-il obligatoirement faire disparaître l’élevage fermier ?

Andrieu D'Andres (Rodin) - photo Edith Gaudy

Andrieu D’Andres (Rodin) – photo Edith Gaudy

Les qualités sont difficiles à montrer dans un monde qui compte prioritairement sur les quantités pour se rassasier, dans un monde qui a peur de ne pas avoir suffisamment à manger. Pour l’heure, c’est «ACCÈS ILLIMITÉ POUR DES CLOPINETTES» (buffet à volonté), «COMPRESSION À HAUTE DOSE» (sans grande valeur nutritive) et «VENTE À PERTE» imposée par les exploitants comme c’est le cas pour certains produits agro-alimentaires (le lait). Décidément, cela ne peut pas convenir à tout le monde.

Sans débrouillardise, sans ventes directes de supports physiques et sans la compréhension et le soutien de quelques amateurs généralement curieux, avec le streaming comme unique exploitation, nous ne ferions que de la «production à perte».

Pourquoi les réalisations Juste Une Trace sont généralement disponibles en streaming ?

Faîtes un saut dans la boutique du label ! Si vous avez déjà acheté un de nos albums,  n’hésitez pas à les recommander.
Andrieu D'Andres (Rodin) - photo Edith Gaudy

Andrieu D’Andres (Rodin) – photo Edith Gaudy