Juste une trace

Traces de streaming

Traces de streaming

Pourquoi faudrait-il acheter un abonnement à un opérateur de streaming pour écouter de la musique en ligne ? Après tout, écouter de la musique via une plateforme, c’est un peu comme écouter une playlist radio. Qui paye pour écouter la radio ? Afin de multiplier le nombre d’usagers, les plateformes se lancent donc dans l’illimité gratuit partout et adoptent, de fait, des modèles proches des opérateurs radiophoniques. À moins de lui offrir des avantages exceptionnels (qualité du son, rédactionnel, exclusivités…), l’usager ne voudra pas payer pour écouter.

Théoriquement, pour se permettre d’offrir l’écoute, les opérateurs de streaming doivent avoir le plus grand nombre d’usagers qualifiés puis doivent obtenir une valorisation auprès d’annonceurs acheteurs de contacts ou bien utiliser les diffusions pour vendre d’autres choses. Comme le tour n’est pas joué, les plateformes de streaming, en attendant, ne proposent pas grand chose à leurs fournisseurs de matière première (les auteurs, les artistes, les producteurs, les éditeurs). L’insatisfaction se généralise et devient globale. Faut-il inéluctablement et à n’importe quelle condition être sur Spotify, Deezer, R-dio, etc… ?

Dans les années 30, les ventes de partitions et de disques s’effondrent … C’est la crise ! Les opérateurs radiophoniques prennent la main, portés par leur nouvelle technologie, ne reversant quasiment rien aux titulaires de droits et finissant même par acquérir des catalogues …

D’un point de vue technologique et tout simplement pratique, tout le monde s’accorde pour affirmer que l’avenir de la diffusion de musiques enregistrées devrait passer par le streaming. Une évidence ! Cela ne veut pas dire qu’il faut répéter toute l’histoire. Les fournisseurs de matière première (les auteurs, les artistes, les producteurs, les éditeurs) disposent aujourd’hui de droits mais aussi de moyens pour diffuser à l’échelle planétaire. Ils peuvent même offrir gratuitement les diffusions si cela permet de générer des ventes ou des revenus indirects.

Pour l’heure, le streaming économiquement rentable, c’est une drôle d’affaire. Mais ce n’est pas l’affaire de tous. Les modèles proposés reposent sur la taille des catalogues et la forte notoriété de quelques artistes. Tout est basé sur la massification des données et le volume dans l’espoir d’avoir des annonceurs et de l’audience. Les opérateurs proposent encore des formules hybrides, avec ou sans pub et s’efforcent de dire qu’ils représentent l’avenir, le seul. Bien évidemment, des investisseurs sont sensibles à ces discours.

Pour l’artiste en développement qui a quelques milliers de fans ou le label indépendant qui ne compte qu’un nombre limité de références plutôt confidentielles, le streaming aux mains de quelques opérateurs tiers ne peut pas représenter une véritable source de revenus. Au mieux, sur les plateformes de streaming vidéo, il s’agit d’un moyen de promotion… et encore… Pour le label Juste Une Trace par exemple, en 2013, un titre diffusé en streaming génère en moyenne 0,006 euro. Il faudrait plus de 80.000 diffusions en streaming «payant» pour financer le salaire d’un seul musicien pour une seule journée de travail en studio d’enregistrement … Par ailleurs, la présence sur les plateformes de streaming n’a pour l’instant aucune incidence positive ou négative avérée sur les ventes de musiques enregistrées ou même le référencement. Les plateformes ne sont pas vraiment des lieux de découvertes et les mécanismes de prescription et de partage sont avant tout virtuels : les utilisateurs cherchent et espèrent trouver ce qu’ils connaissent déjà. Dans ces conditions biens réelles, les modèles économiques proposés aux fournisseurs de matière première sont encore nocifs.

La situation n’est pas tout à fait la même pour tous. Une major obtiendra généralement un minimum garanti d’une plateforme de streaming pour la mise à disposition de son catalogue. C’est au moins cela de pris (si la facture est honorée). Les acteurs du streaming ont besoin de nombreuses références et de la notoriété des catalogues majors pour attirer la masse. Par contre, un indépendant ne percevra rien pour la mise à disposition de son catalogue sur la plateforme de streaming. Il faut contribuer gracieusement et avec le sourire… Isolément, l’artisan indépendant ne représente jamais grand chose. Il fait partie d’un ensemble pour la plateforme : un ensemble qui pèse, une addition de micro-miettes, une valeur ajoutée en terme d’image.

Pour l’artiste en développement ou le label indépendant, les modèles économiques de ces opérateurs correspondent à des offres d’exploitations où ils seront toujours déficitaires. Les dépenses directes ou indirectes relatives à la mise à disposition d’un répertoire sur les plateformes de streaming actuellement opérationnelles sont bien plus importantes que les gains potentiels même en cas de succès planétaire. Plus concrètement, le label attendra plusieurs mois des relevés qu’il ne pourra même pas contrôler. Rien que la gestion correcte desdits relevés de diffusion lui coûte plus que ne rapportent lesdites diffusions, sans parler des heures passées à promouvoir ces mêmes écoutes, à transférer des url et créer des liens pour développer une audience et surtout le trafic sur des plateformes tierces… sans même en être actionnaire. Alors faut-il vraiment s’investir dans ces entreprises ?

Finalement, l’économie du streaming ressemble nettement à celle de la radio des années 30 … mais avec encore moins d’opérateurs, une plus forte concentration, moins de droits, et sans doute plus de frustration. L’Eldorado annoncé à grand renfort de marketing n’est pas à partager. Du coup, il n’est pas certain que l’avenir d’un label comme Juste Une Trace passe par une présence permanente sur les plateformes de streaming détenues par quelques opérateurs.

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